28/03/2026
Certains sujets résonnent de manière particulière, non seulement à travers les observations de terrain et les données scientifiques, mais aussi par l’expérience vécue.
Ce thème fait partie de ceux que je connais de manière personnelle. Il y a plusieurs années, j’ai été confrontée à des violences au sein de mon couple, principalement d’ordre psychologique. Dans ce contexte, ma fille ainsi que mes chiens ont également été impactés.
Avec le temps, le travail effectué et le recul acquis, ces expériences ont pu être intégrées. Elles nourrissent aujourd’hui ma compréhension des mécanismes à l’œuvre dans certaines relations, qu’elles concernent les humains ou les animaux.
Dans cet article, je vous propose d’explorer, à la lumière des études scientifiques et des observations de terrain, les liens étroits entre violences humaines et animales, afin de mieux les comprendre, les repérer et agir en prévention.
C’est dans cette posture, à la fois professionnelle et éclairée par l’expérience, que j’aborde ce sujet aujourd’hui.
Ce que disent les études : un lien massif et documenté.
Depuis plusieurs décennies, chercheurs, vétérinaires et professionnels du social s’intéressent à ce qu’on appelle aujourd’hui “The Link” : le lien entre violences faites aux animaux et violences faites aux humains.
Une revue de littérature majeure (Monsalve et al., 2017), portant sur 96 études, montre que : 94 études sur 96 retrouvent une association entre maltraitance animale et violence interpersonnelle
Les chiffres parlent d’eux-mêmes :
Autrement dit : la co-occurrence est fréquente, solide, et largement confirmée scientifiquement.
Mais attention à la nuance essentielle :
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Dans les violences conjugales : l’animal comme levier de contrôle.
L’un des aspects les plus marquants mis en évidence par la recherche concerne les violences conjugales.
Une étude d’Ascione et al. (2007) montre que les femmes victimes de violences conjugales sont 11 fois plus susceptibles de rapporter des violences envers leur animal. Mais ce n’est pas “juste” de la violence parallèle.
L’animal devient souvent :
Certaines études montrent même que des victimes restent plus longtemps dans une relation violente par peur pour leur animal (Gallagher & Allen, 2008).
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Chez l’enfant : un indicateur de souffrance profonde.
Chez les enfants et adolescents, la lecture est encore plus essentielle.
Les recherches montrent que :
La violence envers l’animal devient alors :
Ce n’est pas un comportement à punir uniquement. C’est un comportement à comprendre.
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Le rôle clé du monde vétérinaire.
Aujourd’hui, les vétérinaires sont en première ligne.
Ils sont souvent les seuls à voir :
Les ressources du CNR BEA et de l’association AMAH insistent sur ce point : La maltraitance animale doit alerter sur un possible contexte de violence globale
Mais les études montrent aussi une difficulté : 90 % des vétérinaires connaissent ce lien mais seulement 17 % savent comment agir concrètement (Oellig et al., 2024)
Il y a encore un enjeu majeur de formation et de coordination.
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Ce que disent les expertises françaises.
Les travaux de ANSES apportent un éclairage complémentaire essentiel. Dans son rapport sur les morsures de chien, l’ANSES rappelle que les comportements agressifs ne peuvent pas être expliqués uniquement par l’animal.
Ils doivent être compris à travers :
Autrement dit : Le comportement animal est aussi le reflet d’un système relationnel.
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Une violence invisible : la maltraitance passive.
Dans mon accompagnement, je rencontre souvent une autre forme de violence : La maltraitance passive. Elle est rarement nommée… mais pourtant omniprésente.
Elle concerne autant les humains que les animaux :
Ce n’est pas de la malveillance volontaire. Mais ses effets peuvent être profonds. Et c’est souvent là que tout commence.
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Comprendre ce qui se joue… pour transformer.
Ce que nous disent toutes ces études, au fond, ce n’est pas seulement qu’il existe un lien entre deux formes de violence. C’est qu’il existe un terrain commun :
Et c’est précisément là que se situe mon travail.
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Une approche globale : humain et animal, un même équilibre.
Accompagner un humain à retrouver un état d’être plus apaisé, plus stable, plus conscient…
C’est aussi agir indirectement sur :
Et inversement : Observer la relation à l’animal permet souvent de comprendre l’humain.
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Et si on changeait de regard ?
Et si, au lieu de cloisonner violences humaines d’un côté et violences animales de l’autre, on acceptait de voir un seul et même langage relationnel en difficulté ?
Non pas pour juger. Mais pour comprendre. Et surtout, pour agir autrement.
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S.O.S - En cas de violences : des aides existent
Si vous êtes témoin ou victime de violences, ou si vous suspectez une situation préoccupante, il est important de ne pas rester seul(e). Des dispositifs existent pour vous écouter, vous accompagner et agir. Les violences envers les animaux et les violences humaines sont souvent liées. Signaler une situation, c’est parfois protéger plusieurs vies à la fois.
⚠️ Un point important - Demander de l’aide n’est pas un aveu de faiblesse. C’est un acte de protection. Pour soi, pour les autres… et pour le vivant.
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Article rédigé par Valérie Cantaloube
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