22/10/2026
Pourquoi certaines expériences continuent-elles de nous affecter longtemps après qu'elles sont terminées ? Pourquoi une remarque, une situation ou un événement apparemment anodin peut-il provoquer une émotion intense, une peur difficile à maîtriser ou un sentiment de ne pas être à la hauteur ?
Notre histoire ne disparaît pas simplement parce que le temps passe. Certaines expériences continuent d'influencer notre manière de réagir, de penser, de ressentir et d'entrer en relation avec les autres.
L'EMDR est une approche qui s'intéresse notamment à ces liens entre souvenirs, émotions et réactions présentes. Initialement développée pour accompagner les personnes confrontées à des souvenirs traumatiques, elle fait aujourd'hui l'objet de recherches dans différents domaines.
Mais qu'est-ce que l'EMDR exactement ? Comment fonctionne-t-elle ? À quelles difficultés peut-elle répondre ? Et quelle différence existe-t-il entre l'EMDR utilisée en psychothérapie et lors d'un accompagnement visant à mieux vivre avec ses émotions au quotidien ? Saviez-vous que l’EMDR est également utilisée pour les animaux qui souffrent de certains stress spécifiques ?
Je vous propose de découvrir l’EMDR et de comprendre ses champs d’application dans cet article. Si après lecture, vous souhaitez échanger à ce sujet lors d’un Rdv offert « Découverte », n’hésitez pas à me contacter.
Bonne lecture à vous !
L'EMDR, qu'est-ce que c'est ?
EMDR signifie Eye Movement Desensitization and Reprocessing, traduit en français par « désensibilisation et retraitement par les mouvements oculaires ».
Cette approche a été développée à la fin des années 1980 par Francine Shapiro (1948-2019), psychologue et chercheuse américaine.
En 1987, alors qu'elle se promenait dans un parc, elle remarqua que certains mouvements spontanés de ses yeux semblaient diminuer l'intensité de pensées désagréables. Elle entreprit ensuite d'explorer cette observation, puis de tester et de structurer une méthode. Ses premiers travaux scientifiques furent publiés en 1989.
L'EMDR a progressivement évolué vers un protocole structuré qui associe l'évocation d'un souvenir ou d'une expérience difficile à des stimulations bilatérales alternées.
Comment se déroule la stimulation bilatérale ?
Selon le protocole utilisé, les stimulations peuvent prendre différentes formes :
La personne porte son attention sur un souvenir, une image, une émotion, une pensée ou une sensation corporelle, tout en suivant les indications du praticien. L'objectif est de favoriser un retraitement de l'expérience évoquée et de modifier progressivement la manière dont elle est vécue et ressentie.
Que se passe-t-il dans le cerveau ?
Pour comprendre l'approche EMDR, il faut s'intéresser à la manière dont nous mémorisons nos expériences.
Un souvenir ne se limite pas à une image du passé. Il peut être associé à des émotions, des sensations physiques, des pensées et des conclusions que nous avons tirées sur nous-mêmes ou sur le monde.
Une expérience très éprouvante peut, chez certaines personnes, rester associée à une forte réaction émotionnelle. Un élément du présent — une voix, un bruit, une odeur, une situation relationnelle — peut alors rappeler inconsciemment ou consciemment ce qui a été vécu et réactiver une partie de cette réaction.
Le modèle théorique de l'EMDR, appelé modèle de traitement adaptatif de l'information (T.A.I), propose que le retraitement permette de créer de nouveaux liens entre ces souvenirs et d'autres informations disponibles, notamment celles qui nous permettent aujourd'hui de mieux comprendre la situation. Le but n'est pas d'effacer le souvenir, mais de modifier la façon dont il continue de nous affecter.
Les mécanismes précis de l'EMDR font toujours l'objet de recherches. L'implication de la mémoire de travail et de l'attention figure parmi les hypothèses étudiées ; il serait toutefois excessif d'affirmer que tous les mécanismes neurobiologiques sont aujourd'hui parfaitement élucidés.
Quand le passé continue de peser sur le présent
Nous avons parfois tendance à penser qu'un événement devrait cesser de nous affecter dès lors qu'il est terminé, que nous l'avons compris ou que nous avons décidé de passer à autre chose. Pourtant, comprendre une situation intellectuellement ne suffit pas toujours à apaiser les émotions qui lui sont associées.
Vous savez peut-être que vous n'êtes plus en danger, mais vous ressentez malgré tout une boule au ventre. Vous savez que vous avez les compétences nécessaires, mais le doute s'installe dès que vous devez prendre la parole. Vous souhaitez faire confiance, mais certaines situations déclenchent une peur intense de l'abandon ou du rejet.
Ces réactions ne sont pas nécessairement le signe d'un trouble psychique. Elles peuvent aussi traduire une difficulté à retrouver un sentiment de sécurité dans certaines circonstances.
Les expériences marquantes ne sont pas toujours spectaculaires
Lorsqu'on parle de traumatisme, on pense souvent à un accident grave, une agression, un deuil brutal ou une situation mettant la vie en danger. Ces événements peuvent effectivement avoir des conséquences psychologiques importantes. Mais notre histoire émotionnelle est également façonnée par des expériences répétées, parfois moins visibles.
Un enfant régulièrement humilié, une personne qui subit des critiques constantes, un salarié exposé à des tensions répétées, quelqu'un qui vit longtemps dans l'incertitude ou une relation dans laquelle il ne se sent jamais suffisamment reconnu peuvent progressivement perdre confiance en eux ou développer une vigilance excessive.
Une accumulation de petites expériences difficiles peut devenir éprouvante, même si chacune, prise isolément, semble peu importante.
Il est cependant essentiel de distinguer l'accumulation de stress et de difficultés émotionnelles d'un traumatisme psychique au sens clinique. Toute expérience pénible n'est pas un traumatisme, et les conséquences varient selon les personnes, leur histoire, leurs ressources et leur environnement.
Quand les petites blessures s'accumulent. Imaginons une personne qui, pendant plusieurs années, entend régulièrement qu'elle est trop sensible, qu'elle exagère ou qu'elle ne fait jamais assez bien. Au début, chaque remarque peut provoquer de la tristesse ou de la colère. Avec le temps, ces expériences répétées peuvent contribuer à installer des pensées telles que : « Je ne suis jamais à la hauteur. » - « Je dois faire plaisir pour être apprécié(e). » - « Si je fais une erreur, je serai rejeté(e). » - « Je dois tout contrôler pour éviter les problèmes. »
Plus tard, une remarque anodine au travail peut réveiller ce sentiment ancien d'incompétence. Une critique constructive peut être vécue comme une attaque. Une hésitation peut devenir la preuve apparente que l'on n'est pas capable. Ce mécanisme n'est ni systématique ni irréversible. Il illustre simplement comment des expériences répétées peuvent influencer les attentes, les croyances et les réactions émotionnelles.
Les recherches sur le stress chronique et les expériences négatives répétées montrent que leur accumulation peut avoir des conséquences sur la santé et le bien-être. Cela ne signifie pas pour autant que l'EMDR soit automatiquement indiquée pour toutes ces situations.
À quoi sert l'EMDR ? Deux cadres à bien distinguer.
L'EMDR est particulièrement connue pour son utilisation en psychothérapie dans le traitement du trouble de stress post-traumatique. Elle est recommandée dans plusieurs recommandations internationales pour cette indication.
L'Organisation mondiale de la Santé (l'OMS) cite notamment l'EMDR et les thérapies cognitivo-comportementales centrées sur le traumatisme parmi les interventions psychologiques recommandées pour le TSPT (Syndrome de stress post-traumatique). Une revue scientifique publiée en 2024 recense plus de 30 essais contrôlés randomisés ayant étudié l'efficacité de l'EMDR chez les adultes et les enfants présentant un TSPT. Les résultats sont donc particulièrement documentés dans ce domaine. Pour d'autres difficultés, les résultats sont plus variables et les preuves restent moins solides.
A. L'EMDR dans le cadre du psychotraumatisme
Un traumatisme psychique peut survenir lorsqu'une personne a vécu ou été confrontée à un événement particulièrement éprouvant.
Chez certaines personnes, les conséquences persistent : souvenirs intrusifs, cauchemars, évitement de certaines situations, hypervigilance ou réactions émotionnelles intenses.
Dans le cadre d'une psychothérapie menée par un professionnel compétent, l'EMDR peut aider à travailler sur les souvenirs traumatiques et leurs répercussions. Ce travail ne consiste pas à forcer la personne à revivre son histoire. Il nécessite une évaluation, une préparation adaptée, des ressources de stabilisation et un suivi rigoureux. Le protocole est ajusté à la situation et à la capacité de la personne à tolérer ce travail.
L'EMDR ne garantit pas la disparition de tous les symptômes et ne convient pas nécessairement à toutes les situations.
Lorsqu'un trouble psychique est suspecté ou diagnostiqué, ou lorsque les symptômes sont importants, l'accompagnement relève d'un professionnel de santé compétent. Une approche complémentaire ne doit jamais retarder ou remplacer les soins nécessaires.
B. L'accompagnement des difficultés émotionnelles du quotidien
Toutes les personnes qui consultent ne présentent pas un trouble psychique. Certaines souhaitent avant tout mieux comprendre leurs réactions, traverser une période difficile ou retrouver davantage de sérénité.
Elles peuvent par exemple rencontrer des difficultés autour de :
Dans ces situations, il convient de rester prudent : l'EMDR n'est pas un remède universel contre le stress, l'insomnie, le manque de confiance en soi ou l'anxiété. Néanmoins, un accompagnement émotionnel peut permettre d'explorer ce qui déclenche certaines réactions, de mieux identifier ses besoins et de développer des ressources adaptées.
Ce que je peux vous proposer dans mes accompagnements
Dans mon accompagnement, je porte une attention particulière aux liens entre ce que vous vivez, ce que vous ressentez et la manière dont votre corps réagit. Il ne s'agit pas de chercher systématiquement un traumatisme derrière chaque difficulté, ni de considérer que tout trouve nécessairement son origine dans le passé. Il s'agit plutôt de prendre le temps de comprendre votre situation, d'accueillir ce qui se présente et de déterminer ce qui pourrait vous aider.
Selon votre demande et les conditions dans lesquelles l'accompagnement est approprié, nous pouvons notamment travailler autour de :
Je peux également mobiliser différentes approches complémentaires, comme la sophrologie, l'hypnose ou l'EFT Tapping, en fonction de vos besoins et de mon champ de compétence. L'essentiel est de choisir une démarche adaptée à votre situation plutôt que d'appliquer une méthode à tout prix.
L'EMDR est une méthode structurée qui nécessite une formation appropriée. Chaque accompagnement commence par un échange permettant de comprendre votre demande et de vérifier si la démarche envisagée est pertinente. Dans mon activité de psychopraticienne non médicale, je ne pose pas de diagnostic et ne prends pas en charge les troubles psychiques relevant de soins spécialisés. Si votre situation nécessite une évaluation ou un suivi médical ou psychologique, je vous oriente vers un professionnel de santé adapté.
Et si l'EMDR concernait aussi les animaux ?
Les émotions et les réactions de stress ne sont pas propres aux humains. Les animaux peuvent eux aussi manifester de la peur, de l'évitement ou une vigilance importante à la suite d'expériences éprouvantes.
Un chien peut se mettre à paniquer à l'approche d'un congénère après une mauvaise rencontre. Un chat peut se cacher dès qu'il entend un bruit qui lui rappelle une situation effrayante. Un cheval peut devenir inquiet dans un contexte associé à une expérience désagréable.
Ces réactions méritent d'être comprises dans leur contexte, sans attribuer automatiquement à l'animal des pensées ou des souvenirs identiques aux nôtres.
Qu'est-ce que l'EMDR animal ?
L’EMDR animal est une approche spécifiquement adaptée aux mammifères, notamment aux chiens, aux chats et aux chevaux, qui vise à les aider à mieux gérer certaines peurs et perturbations émotionnelles liées à des expériences difficiles. Elle a été conceptualisée en France par Fabienne Lannes-Gillibert à partir de 2010. Elle repose sur la pratique des protocoles spécifiques issus de l'EMDR classique et elle est validé par l'institut national de la santé et de la recherche médicale (INSERM ).
Elle peut notamment être envisagée lorsqu’un animal présente des réactions de peur intenses, des phobies, de l’évitement ou une forte réactivité dans certaines situations : orages, transports, soins ou rencontres, par exemple. À travers un protocole adapté à l’animal, l’objectif est de favoriser un apaisement émotionnel afin qu’il puisse vivre ces situations plus sereinement.
Par principe de précaution, toute modification comportementale doit également conduire à envisager une évaluation vétérinaire, notamment pour rechercher une cause médicale ou une douleur. L'accompagnement animalier ne se substitue ni aux soins vétérinaires ni au travail d'un professionnel compétent en comportement animal.
Le lien entre le bien-être humain et le bien-être animal
Vivre avec un animal peut être une source de joie, de réconfort et de lien. Mais lorsque celui-ci présente des peurs, des réactions difficiles ou des problèmes de comportement, son humain peut lui aussi ressentir de l'inquiétude, de la culpabilité, de l'épuisement ou un sentiment d'impuissance. Mon intérêt pour cette approche s'inscrit aussi dans une réflexion plus large sur la relation "humain-animal".
Il est alors précieux de pouvoir accompagner les émotions de l'humain tout en travaillant en collaboration avec les professionnels qui prennent soin de l'animal.
L'objectif n'est pas de faire porter à l'humain la responsabilité des difficultés de son compagnon, ni de considérer que son état émotionnel explique tout le comportement de l'animal. C'est de prendre en compte les deux membres du binôme, chacun avec ses besoins et ses particularités.
Le bien-être individuel au service du bien-vivre ensemble : cette conviction guide mon intérêt pour une approche respectueuse et pluridisciplinaire de la relation humain-animal.
L'EMDR : une méthode à envisager avec discernement
L'EMDR a ouvert des perspectives importantes dans l'accompagnement du psychotraumatisme. Les recherches ont permis de mieux documenter son intérêt, tout en laissant ouvertes certaines questions sur les mécanismes précis qui expliquent ses effets et sur ses applications au-delà de cette indication. Il est donc important de distinguer ce qui est solidement documenté, ce qui reste à étudier et ce qui relève de l'expérience d'un praticien.
Une méthode ne remplace jamais l'écoute, l'évaluation de la situation et le respect du rythme de la personne.
Si vous vous sentez régulièrement envahi(e) par le stress, si certaines expériences continuent de peser sur votre quotidien ou si vous souhaitez mieux comprendre vos réactions émotionnelles, un premier échange peut vous aider à clarifier votre demande.
Vous n'avez pas besoin d'avoir toutes les réponses avant de demander de l'aide. L'important est de trouver un accompagnement adapté à ce que vous vivez, dans un cadre respectueux et sécurisant.
Vous souhaitez faire le point sur votre situation ?
Je vous propose un échange découverte gratuit de 15 minutes par téléphone ou en visioconférence. Ce temps permet de présenter votre demande et de vérifier si mon accompagnement peut vous convenir.
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Article rédigé par Valérie Cantaloube - Psychopraticienne.
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Références scientifiques utilisées pour la création de cet article :
1. Organisation mondiale de la Santé (OMS) - Trouble de stress post-traumatique : traitement et interventions psychologiques.
2. Inserm — Canal Détox (2023) - L'EMDR permet-il de traiter le stress post-traumatique ?
3. de Jongh, de Roos et El-Leithy (2024)
State of the science: Eye movement desensitization and reprocessing (EMDR) therapy. Journal of Traumatic Stress.
4. Francine Shapiro — origines et développement de l'EMDR
5. Wurtz et al. (2016)
Preventing long-lasting fear recovery using bilateral alternating sensory stimulation: a translational study. Neuroscience, 321, 222–235.
6. Le modèle animal de l'état de stress post-traumatique et mise au point d'un protocole de stimulation EMDR chez le rongeur.
Cyril Herry; Wurtz H, El-Khoury-Malhame M, Wilhelm F, Michael T, Beetz EM, Roques J, Reynaud E, Courtin J, Khalfa S, Herry C. Preventing long-lasting fear recovery using bilateral alternating sensory stimulation: a translational study. Neuroscience 2016; 321: 222-235.