30/09/2026
Et si notre cerveau n’était pas devenu plus anxieux… mais simplement confronté à un monde qui sollicite en permanence son système d’alerte ?
Pourquoi avons-nous peur alors que nous sommes parfois assis tranquillement chez nous, sans aucun danger immédiat ? Pourquoi une actualité anxiogène, une pensée, une notification ou un scénario imaginé peuvent-ils suffire à déclencher une véritable réaction physique ?
C’est la question que je me suis posée après avoir écouté Sébastien Bohler, docteur en neurosciences et journaliste, dans le podcast Métamorphose, consacré à la peur et à ses origines. Cette interview m’a donné envie de revenir sur une émotion que nous cherchons souvent à faire disparaître, alors qu’elle joue avant tout un rôle essentiel : nous protéger.
Mais dans notre monde moderne, notre cerveau de survie rencontre un environnement très particulier. Et cela peut changer notre rapport à la peur et à l’anxiété. Je vous invite à lire mon article pour comprendre le phénomène et découvrir des solutions pour apprivoiser vos états de peur et d’anxiété …
La peur : une émotion indispensable à notre survie
Avant de vouloir comprendre pourquoi nous avons parfois « trop peur », il est important de comprendre ce qu’est la peur.
La peur n’est pas un défaut. Elle n'est pas une faiblesse. Elle n'est pas non plus une émotion qu'il faudrait absolument éliminer. C'est avant tout un mécanisme de protection.
Au cours de l'évolution, les organismes capables de détecter rapidement une menace avaient davantage de chances de survivre. Face à un danger, le cerveau déclenche une série de réactions permettant au corps de se préparer à agir « Fuir – Combattre Ou se figer ».
Notre cerveau possède donc un système d'alerte extrêmement performant. Et heureusement. Le problème n'est pas que nous ayons un système d'alerte. Le problème peut apparaître lorsque celui-ci est sollicité trop souvent ou trop longtemps.
Pourquoi notre cerveau a-t-il si peur aujourd'hui ?
Notre cerveau n'a pas changé aussi vite que notre environnement ! Pendant une grande partie de notre évolution, les menaces étaient essentiellement concrètes et immédiates. Un prédateur… Un ennemi… Une blessure… Le manque de nourriture… Un danger physique.
Aujourd'hui, les menaces auxquelles nous sommes exposés sont souvent beaucoup plus abstraites. Nous pouvons avoir peur de perdre notre travail ; de tomber malade ; de ne pas être à la hauteur ; de décevoir ; de l'avenir de nos enfants ; du changement climatique ; d'une guerre à l'autre bout du monde ; de notre situation financière ; du regard des autres ; ou simplement de ce qui pourrait arriver.
Notre cerveau possède une capacité extraordinaire : il peut anticiper. Mais cette capacité peut aussi alimenter l'anxiété. Car pour notre cerveau, imaginer une menace peut parfois suffire à déclencher une partie des réactions associées au danger.
Quand le « et si… ? » devient une source d'alerte
« Et si je tombe malade ? » ... « Et si je perds mon emploi ? » ... « Et si quelque chose arrive à mes enfants ? » ... « Et si je me trompe ? » ... « Et si ça recommence ? » ...
L'anxiété se nourrit souvent de ces scénarios futurs. Le danger n'est plus forcément présent. Il est possible. Et cette différence est fondamentale. La peur peut nous protéger face à un danger actuel. L'anxiété peut nous maintenir en alerte face à un danger anticipé.
Peur, anxiété et hypervigilance : que se passe-t-il dans notre corps ?
La peur n'est pas seulement une pensée. Elle est aussi une expérience corporelle. Lorsque notre cerveau détecte une menace, réelle ou perçue comme telle, notre organisme se mobilise.
· Le rythme cardiaque peut augmenter.
· La respiration se modifier.
· Les muscles se contracter.
· La vigilance s'intensifier.
· La digestion ralentir.
· L'attention se focaliser sur ce qui pourrait représenter un danger.
C'est parfaitement adapté lorsque nous devons réagir rapidement. Mais que se passe-t-il lorsque cette mobilisation ne redescend pas ?
Nous pouvons alors avoir la sensation d'être constamment sur le qui-vive. C'est ce que l'on peut appeler un état d'hypervigilance. Et plus nous surveillons notre environnement à la recherche d'un danger, plus nous avons de chances de trouver… quelque chose qui pourrait nous inquiéter.
Un cercle peut alors s'installer : Perception d'une menace → activation → surveillance → interprétation → nouvelle alerte.
Le monde moderne entretient-il notre peur ?
Informations en continu et surcharge anxiogène ... Nous vivons aujourd'hui dans un environnement où les informations sont accessibles 24 heures sur 24. Nous pouvons être informés instantanément d'un accident, d'une catastrophe naturelle, d'un conflit ou d'un fait divers survenu à des milliers de kilomètres.
Notre cerveau n'a pourtant pas été conçu pour traiter en permanence les dangers potentiels de l'ensemble de la planète. Cette exposition répétée peut contribuer à maintenir notre attention orientée vers la menace. À cela s'ajoutent les réseaux sociaux, les notifications, les images, les comparaisons et l'impression qu'il faudrait constamment rester informé.
Être informé n'est pas forcément le problème. C'est parfois la quantité et la fréquence d'exposition qui peuvent devenir épuisantes pour notre système nerveux.
Notre cerveau cherche naturellement ce qui pourrait mal se passer. Pour survivre, il est plus utile de repérer rapidement une menace que de passer à côté.
Notre cerveau a donc tendance à accorder une importance particulière aux informations négatives ou potentiellement dangereuses. C'est une forme de biais de vigilance qui a probablement été très utile à nos ancêtres. Mais dans un monde où les informations anxiogènes sont disponibles en permanence, ce fonctionnement peut devenir particulièrement sollicitant.
Peut-on avoir peur sans être réellement en danger ?
Oui. Et c'est probablement l'une des choses les plus importantes à comprendre lorsqu'on souffre d'anxiété.
Une sensation de danger n'est pas toujours la preuve d'un danger réel. Le corps peut être en état d'alerte alors que nous sommes objectivement en sécurité. Cela ne signifie pas que la sensation est « imaginaire ». Au contraire. La sensation est bien réelle ! Le cœur bat plus vite… Le ventre se noue… Les muscles se crispent… La respiration change… La pensée s'emballe…
Mais la question devient alors : « Qu'est-ce que mon système d'alerte essaie de me signaler… et y a-t-il réellement un danger ici et maintenant ? »
Cette distinction peut constituer un premier pas vers une meilleure régulation de la peur et de l'anxiété.
Comment mieux gérer la peur et l'anxiété aujourd'hui ?
L'objectif n'est pas de ne plus avoir peur. Ce serait d'ailleurs probablement impossible… et pas forcément souhaitable. La peur a une fonction.
L'enjeu serait plutôt d'apprendre à mieux écouter son système d'alerte et à retrouver la capacité de revenir vers un état de sécurité lorsque le danger est passé.
1. Comprendre sa peur plutôt que lutter contre elle
Lorsque nous cherchons absolument à faire disparaître une émotion, nous pouvons parfois lui donner encore davantage d'importance.
Au lieu de : « Il faut que j'arrête d'avoir peur. » Il peut être intéressant d'expérimenter : « Je remarque que j'ai peur. Que cherche-t-elle à protéger ? ». Ce changement de posture permet de considérer la peur comme une information plutôt que comme un ennemi.
2. Faire la différence entre danger réel et danger anticipé
Lorsque l'anxiété monte, quelques questions peuvent aider :
· Que se passe-t-il réellement maintenant ?
· Suis-je en danger à cet instant précis ?
· Qu'est-ce qui relève d'un fait ?
· Qu'est-ce qui relève d'une anticipation ?
· Ai-je quelque chose à faire maintenant ?
Ces questions permettent parfois de remettre une frontière entre le présent et les scénarios construits par notre esprit.
3. Revenir au corps
Parce que la peur est aussi corporelle, sa régulation ne passe pas uniquement par la pensée. Respiration consciente, mouvement, relaxation, méditation, ancrage, attention aux sensations corporelles…
Il existe différentes façons d'aider progressivement l'organisme à retrouver un état plus calme. Il ne s'agit pas de se répéter artificiellement : « Tout va bien. » Mais plutôt de permettre au corps d'expérimenter : « Là, maintenant, je peux relâcher un peu la vigilance. »
4. Réduire la surcharge d'informations anxiogènes
Nous ne pouvons pas empêcher les événements du monde d'exister. Mais nous pouvons parfois choisir la quantité d'informations auxquelles nous nous exposons.
· Faut-il réellement consulter les actualités dix fois par jour ?
· Est-il nécessaire de regarder toutes les images ?
· Avons-nous besoin de recevoir chaque notification ?
Se protéger de la surcharge informationnelle ne signifie pas être indifférent au monde. Cela peut simplement être une manière de préserver son énergie psychique pour pouvoir agir là où nous avons réellement une capacité d'action.
5. Retrouver du lien et de la sécurité relationnelle
Un autre aspect me paraît essentiel : nous sommes des êtres profondément sociaux. Face aux incertitudes, nous avons parfois tendance à vouloir tout gérer seuls. Pourtant, parler avec quelqu'un, être écouté, se sentir compris, partager une difficulté ou appartenir à un groupe peut constituer une véritable ressource.
La régulation émotionnelle n'est donc pas uniquement une affaire individuelle. Le sentiment de sécurité peut aussi se construire dans la relation.
Et si nous arrêtions d'avoir peur… d'avoir peur ?
C'est peut-être finalement la question la plus intéressante. Nous ne pouvons pas supprimer la peur. Et nous n'en avons probablement pas besoin.
Une vie sans peur serait aussi une vie privée d'un précieux système de protection. En revanche, nous pouvons apprendre à reconnaître ce que notre peur cherche à nous dire.
Nous pouvons apprendre à différencier : « le danger de maintenant » de « la menace que notre cerveau imagine pour demain ».
Nous pouvons apprendre à écouter notre corps… À ralentir… À nous exposer moins à ce qui entretient inutilement notre état d'alerte… À retrouver du lien.
Et surtout, à comprendre qu'une émotion aussi ancienne que la peur n'est pas forcément adaptée à toutes les situations auxquelles notre monde moderne nous expose.
La peur n'est pas notre ennemie
L'écoute de l'interview de Sébastien Bohler m'a rappelé quelque chose d'essentiel dans l'accompagnement du stress et des émotions : Nous ne sommes pas obligés de lutter contre ce que notre cerveau et notre corps essaient de faire pour nous protéger.
Parfois, ils ont simplement besoin que nous les aidions à comprendre que le danger est passé. La peur peut alors retrouver sa juste place. Ni ignorée. Ni combattue. Mais écoutée, comprise et régulée.
Et peut-être que notre véritable enjeu, dans ce monde où les sources d'inquiétude sont devenues presque infinies, n'est pas d'apprendre à ne plus avoir peur.
Mais d'apprendre à retrouver suffisamment de sécurité intérieure pour que la peur ne décide pas à notre place.
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Article rédigé par Valérie Cantaloube et inspiré notamment de l'entretien de Sébastien Bohler, docteur en neurosciences et journaliste, dans le podcast Métamorphose consacré à la peur et à ses origines.
À retenir : la peur est un mécanisme de protection. Lorsque l'environnement moderne entretient durablement notre système d'alerte, il peut devenir essentiel de distinguer le danger réel de la menace anticipée et de développer des ressources de régulation du stress et des émotions.